vendredi mars 1, 2024

بِسْمِ اللهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ
AU NOM DE DIEU, LE CLEMENT, LE MISERICORDIEUX

Louange à Dieu, Seigneur des mondes ; c’est Lui que nous adorons et c’est Lui dont nous implorons le secours.

A Mouhammad [1] , le meilleur des pieux, nous témoignons nos respects et notre gratitude pour tout ce qu’il nous a apporté de la part du Créateur. Que Dieu le glorifie et l’honore toujours davantage !

Avant-propos

Le grand casuiste du 6ème siècle de l’Hégire, l’Imam ‘Aboû Hafs ^Oumar ‘An-Naçafiy, que Dieu soit clément envers lui, a dit :

« Pour les gens de la droiture (les Sounnites), la réalité des choses, (c’est-à-dire leur présentation et leur désignation à travers les propriétés qui les caractérisent) est un fait indéniable. Et la connaissance des choses, telles qu’elles sont, est une vérité établie, contrairement à l’affirmation des Pyrrhoniens (adeptes du scepticisme) pour lesquels tout n’est qu’illusion, sujette à variation.

Ainsi, les voies de la connaissance avérée sont au nombre de trois :

  • les cinq sens, pour autant qu’ils soient dépourvus de toute tare,
  • la nouvelle véridique,
  • la raison (saine).

En ce qui concerne les cinq sens, ils ne peuvent être vecteurs de connaissance avérée, c’est-à-dire certaine, que lorsque chacun d’eux est considéré dans le cadre de sa fonction spécifique. Ce qui signifie que l’odorat, par exemple, ne peut contribuer à assimiler une information visuelle.

S’agissant de la nouvelle véridique, elle est de deux types :

  • La nouvelle «Moutawâtir» (information transmise successivement par un groupe de gens à un autre groupe de gens et ainsi de suite. A chaque fois, le nombre de narrateurs est si grand qu’il est inimaginable qu’ils se soient mis d’accord pour propager un mensonge. En outre, le premier groupe de narrateurs doit s’être basé sur une perception sensorielle de l’information et non une démarche intellectuelle). Ce type de nouvelle donne lieu à une connaissance irréfutable telle que celle relative aux rois disparus dans les temps anciens, ou à certaines contrées lointaines.
  • La nouvelle authentique rapportée par le Prophète qui est soutenu en cela par les miracles. Cette catégorie de nouvelle aboutit à une connaissance par déduction, qui est tout aussi irréfutable que celle acquise par la nouvelle Moutawâtir.

Quant à la raison, elle est aussi une voie pour l’acquisition de la connaissance sûre. Ainsi, ce qui est obtenu par le recours à l’évidence constitue également une connaissance incontestable, comme le fait que la chose entière est plus grande que l’une de ses parties.

Par contre, ce qui a été obtenu par déduction ou analyse rationnelle est appelé connaissance acquise. Enfin, l’intuition n’est pas reconnue par les gens de la droiture comme une des voies permettant de connaître la réalité des choses. » Fin de citation.

L’identification de ces voies d’acquisition de la connaissance revêt une importance certaine pour comprendre de quelle façon les compagnons du Prophète  ont assimilé les règles de la Loi islamique. En revanche, pour nous autres, qui n’avons pas côtoyé le Prophète de Dieu , la connaissance par expérience et par constatation personnelle ne saurait, en aucune façon, dispenser de celle acquise par la chaîne de transmission successive. Il est donc essentiel de vérifier l’authenticité de cette chaîne, pour ne pas être la proie facile de gens peu scrupuleux, capables de falsifier les Textes pour satisfaire leurs mauvais penchants. C’est dans ce sens que le Mouhaddith (éminent spécialiste du Hadith[2]) et Théologien contemporain, le Cheikh ^Abdoul_Lâh Al-Harariy, que Dieu l’accueille dans sa Clémence, dit : “Celui qui recherche l’Agrément de Dieu doit apprendre la Science de la Religion chez un Savant pieux, qui a le souci constant de ne pas dévier et qui donne des conseils profitables sur le plan religieux.” En effet, ne dit-on pas de celui qui peut aller à la source qu’il ne va pas à la cruche ?

A savoir que celui pour qui Allâh veut la guidée, Il lui facilite l’apprentissage de la Science de la Religion par des gens de confiance. Autrement dit, celui qui apprend tout seul le Qour’ân est un bouquineur, c’est-à-dire le contraire du Savant ; et celui qui apprend tout seul la Science du Hadith n’est pas un savant Mouhaddith mais un bibliodidacte, car sa chaîne s’arrête aux livres qu’il a entre les mains. Et comme dit le grand Imam

 

 

‘Ach-Châfi^iy : “Celui qui apprend (tout seul) la Science dans les livres en perd les règles” ; c’est-à-dire qu’il va à sa perte.

Les Anges, en signe d’agrément et d’approbation, abaissent leurs ailes, signe de révérence pour celui qui est en train d’apprendre la Science de la Religion d’un Cheikh (homme respecté par sa connaissance).

Et cette Science que Dieu a louée ne s’apprend que d’un Maître de confiance, qui a appris d’un autre Maître appartenant à une chaîne de Savants qui remonte jusqu’aux compagnons, pour aboutir au Prophète  qui a lui-même appris de l’Archange Gabriel. Tel est le moyen de puiser à la source, d’où cette importante mise en garde du successeur Mouhammad ‘Ibnou Siyriyn :

إنَّ هذا العلم دين؛ فانظروا عمن تأخذون دينكم

Ce qui signifie :

«Certes, cette Science est une Religion (c’est-à-dire qu’elle traite de la Religion) ; soyez donc (extrêmement) vigilants dans le choix de la personne qui vous l’enseigne.»

(Rapporté par Mouslim)

 

Et dans un Hadith rapporté par Boukhâriy, ^Abdoul_ Lâh ‘Ibnou ^Amr ‘Ibnoul_^Âs cite cette parole du Prophète :

 

إن الله لا يقبض العلم انتزاعًا ينتزعه من العباد، ولكن يقبض العلم بقبض العلماء حتى إذا لم يُبْقِ عالمًا اتَّخذ الناس رؤوسًا جهالاً، فسُئِلوا فأفتوا بغير علم؛ فضلوا وأضلوا

Ce qui signifie :

« Allâh ne fera pas disparaître la connaissance de la Religion en l’enlevant directement aux hommes,  mais  II la  fera  disparaître par la mort des Savants. Et lorsqu’il n’en

restera plus aucun, alors les hommes prendront pour chefs des ignorants qui, interrogés, répondront sans Science, provoquant ainsi leur propre égarement et celui des autres.»

(Rapporté par Boukhâriy)

 

Ainsi le Prophète n’a pas dit que Dieu ôtera la Science de la Religion en enlevant les livres, mais plutôt en faisant disparaître les Savants. La connaissance est donc enlevée avec la disparition des Savants, et ce malgré le fait que leurs livres restent. Ce Hadith constitue donc une preuve indéniable que la Science ne peut être apprise à partir des livres.

C’est dans cet esprit que nous remercions Dieu et éprouvons de la reconnaissance pour les compagnons du Prophète, leurs successeurs, ainsi que tous ceux qui les ont suivis en toute droiture.

Cet ouvrage, que nous voulons pur de toute déviation et autre innovation[3] d’égarement, reflète l’enseignement islamique suivant les instructions du Qour’ân et la Tradition du Prophète, c’est-à-dire la voie tracée par les Musulmans depuis le temps des compagnons du Prophète jusqu’à nos jours.

Dès lors, cet ouvrage a été fait, non pour attirer les critiques, mais pour apporter notre contribution à la compréhension de l’Islâm, et une modeste pierre à cet édifice. Que celui qui y trouve une erreur ou une omission quelconque, qu’il soit indulgent à l’égard de l’auteur dans la mesure du possible.

Nous demandons à Dieu de l’accepter et de le rendre accessible et utile. Amin!

Et Dieu est Celui qui favorise et qui aide.

 

Mouhammad Kabiné KABA

Directeur Mosquée de Lausanne (Suisse)

 

[1]   (Sallâ_lLâhou ^alayhi wa sallam) : Invocation par laquelle  on demande à Dieu d’honorer et de glorifier toujours davantage le Prophète Mouhammad, et de protéger sa communauté de ce qu’il craint pour elle.

[2] Hadith : Tradition du Prophète.

[3] Selon une Tradition (Hadith) rapportée par Boukhâriy et Mouslim, on comprend que le Prophète a dit : «Celui qui introduit dans notre Religion une innovation qui ne lui est pas conforme, alors celle-ci doit être rejetée.» Il en découle donc que l’innovation peut être bonne ou mauvaise. Ainsi le calife ^Omar a-t-il qualifié l’institution des Tarâwiyh en groupe (prière spéciale faite dans le mois de Ramadan) de bonne innovation (ni^ matil_bid^ah). Il en est de même de l’introduction des signes de vocalisation des lettres du Qour’ân par le successeur Yahyâ ‘Ibnou Ya^mar, qui a eu pour effet de faciliter sa lecture de nos jours. C’est dire que «celui qui tracera dans l’Islâm une bonne voie (Sounnah Haçanah) aura la récompense de celle-ci en plus des récompenses équivalentes de tous ceux qui l’auront pratiquée après lui, sans que rien ne soit diminué de la récompense de ceux-ci. Et celui qui tracera dans l’Islâm une mauvaise voie (Sounnah Say-yi’ah) aura sur lui le fardeau du péché de celle-ci et le fardeau de tous ceux qui l’auront pratiquée après lui, sans que rien ne soit diminué du fardeau de ceux-ci.» Hadith rapporté par Mouslim.