mercredi février 28, 2024
    1. Exemples de Hadith apparemment équivoques

    Dans le Hadith dit ‘Al-Jâriyyah, rapporté par Mouslim, on raconte qu’un homme se présenta au Prophète et lui dit : Ô Prophète! Puis-je affranchir ma servante ? Amène-la-moi, lui ordonna le Prophète . Ce faisant, il interrogea la servante en disant : ‘Aynal-ILâh ? (Littéralement «Où est Allâh ?»). Elle répondit : Fis-Samâ’ (littéralement «Dans le ciel !»). Puis il lui dit : Qui suis-je ? Vous êtes le Messager de Dieu, dit-elle. Alors, le Prophète dit à l’homme : Affranchis-la, elle est croyante.

    *

    La question du Prophète (‘Aynal-ILâh ?) ne visait pas une localisation de Dieu, comme le crurent certains ignorants, mais plutôt le mérite de Dieu en termes de transcendance et de suprématie. Et quand la femme répondit (littéralement) «Dans le ciel», c’est pour dire que Dieu est très élevé en degré et en mérite. Ce style imagé est conforme à la rhétorique de la langue arabe. En tout état de cause, toute explication de ce Hadith, fondée sur le sens apparent et qui ne prendrait pas en compte l’interprétation, est à rejeter catégoriquement.

    A ceux qui excluent toute interprétation, demandons-leur comment comprennent-ils le Hadith rapporté par le grand Imam Aboû Moûçâ ‘AI-‘Ach^ariy, dont l’authenticité est pourtant beaucoup plus forte et dans lequel le Prophète a dit :

    ارْبَعُوا على أنفسكم، فإنكم لا تدعون أصمَّ ولا غائباً، إنَّه معكم، إنَّكم تدعون سميعا قريبا، والذي تدعونه أقرب إلى أحدكم من عنق راحلة أحدكم

    Ce qui signifie :

    « Epargnez vos forces, vous n’êtes pas en train d’invoquer un sourd, ni un absent. Vous invoquez Celui (Allâh) qui entend et qui est «Qariyb». Celui que vous invoquez est «Aqrab» de l’un d’entre vous que le cou de sa monture. »

    (Rapporté par Boukhâriy)

    Dieu est «Qariyb» ou «Aqrab» veut dire qu’il est proche de vous par son Omniscience et non par la distance.

    Ce Hadith, pris selon son sens apparent, serait donc en contradiction avec celui dit ‘Al-Jâriyyah. Et si on nous rétorque que le Hadith rapporté par ‘Aboû Moûçâ doit être interprété mais pas l’autre, nous dirions qu’il y a là un abus grossier.

    Du reste, dans une autre version de ce même Hadith rapportée par l’Imam Mâlik dans son recueil de Hadith, il est dit : « Est-ce que tu témoignes qu’il n’est de dieu que Dieu ? Oui ! répondit-elle. Est-ce que tu témoignes que je suis son Messager ? Oui ! dit-elle.» Ceci est plus conforme aux règles dogmatiques de l’Islâm, car il est unanimement reconnu que toute personne qui veut se convertir à l’Islâm doit obligatoirement attester sa foi par les deux témoignages.

    Pour justifier encore une fois le recours à l’interprétation, afin de confirmer la concordance entre les paroles prophétiques, citons le Hadith suivant :

    إذا كان أحدكم في صلاته فإنه يناجي ربه فلا يبصقن في قبلته ولا عن يمينه فإن ربه بينه وبين قبلته

    Ce qui signifie :

    « Lorsque l’un de vous est en train de s’acquitter de sa prière, certes il invoque par là son Seigneur ; qu’il ne crache pas en direction de sa Qiblah ni à sa droite car son Seigneur est «baynahou wa bayna» sa Qiblah. »

    (Rapporté par Boukhâriy)

    Ici le mot «baynahou wa bayna» ne veut pas dire que son Seigneur se trouve entre lui et la Qiblah, mais que la Clémence de Dieu, spécifique à ceux qui prient, est en face de lui. Alors, par respect à cet état d’adoration et d’imploration dans lequel il se trouve, il n’est pas convenable pour lui de cracher dans la direction de la Qiblah”.

    L’affirmation selon laquelle Dieu occupe un espace, exige qu’on établisse la localisation, qui demeure pourtant rejetée par les doctes de l’Islâm, qu’ils soient devanciers ou successeurs. Comme le souligna l’Imam ‘Abou Ja^far AtTahâwiy dans son livre intitulé «la Croyance AtTahâwiyyah», la référence des Sounnites, en disant : « A la différence des créatures, les six directions ne Le circonscrivent point. »

    Toujours dans le même sens, citons le Hadith dit de “Nouzoûl” (littéralement la descente) où le Prophète dit:

    يَنْزِلُ رَبُّنا تَبارَكَ وتَعالَى كُلَّ لَيْلةٍ إلى السَّماءِ الدُّنْيا حِينَ يَبْقَى ثُلُثُ اللَّيْلِ الآخِرُ، يقولُ: مَن يَدْعُونِي، فأسْتَجِيبَ له مَن يَسْأَلُنِي فأُعْطِيَهُ ومَن يستغفرني فأغفر له

    Ce qui signifie :

     « Notre Seigneur «Yanzil» chaque nuit au ciel de ce monde dans le dernier tiers de la nuit. Il dit : Qui M’invoque pour que J’exauce son invocation ? Qui Me demande quelque chose pour que Je le lui donne ? Qui cherche Mon pardon pour que Je le lui accorde ? »

    (Rapporté par Boukhâriy, Mouslim et d’autres)

    II ne convient pas de traduire ici le mot “Yanzil”, s’agissant de Dieu, par le mouvement ou le déplacement, qui sont propres aux créatures.

    L’Imam ‘An-Nawawiy, dans son commentaire sur le «Sahiyh de l’Imam Mouslim», a dit : « C’est l’un des Hadith qui se rapportent aux Attributs de Dieu. Il présente une double lecture :

     

    • La première, qui est l’opinion de la majorité des prédécesseurs et de certains Théologiens, consiste à croire que le contenu des Hadith de ce genre a le sens qui convient à Dieu le Suprême et non le sens apparent qu’on lui confère. On doit croire fermement que Dieu est exempt de toute imperfection tels le déplacement et le mouvement qui sont des états propres aux créatures.
    • La deuxième lecture, à laquelle adhèrent la majorité des Théologiens et certains de parmi les gens du Salaf, est attribuée aux Imams Mâlik et ‘AI-‘Awzâ^iy[1]. Aussi donnent-ils à ce Hadith deux interprétations, qui sont :

     

    1. celle de l’Imam Mâlik et d’autres Savants pour lesquels il s’agit de la Miséricorde de Dieu, de Son Ordre et de Ses Anges qui descendent, à l’instar de l’expression : « Le Sultan a fait cela », alors qu’en réalité, il s’agit de ses sujets qui exécutent ses ordres.
    2. celle qui consiste à voir dans ce Hadith une métaphore qui exprime l’exaucement des invocations, et la Grâce de Dieu.»

     

    En tout état de cause, l’interprétation anthropomorphiste attribuant à Dieu l’action de descendre jusqu’au ciel le plus bas, est nulle et non avenue. Quelques narrateurs du «Sahiyh de l’Imam Boukhâriy» rectifièrent la vocalisation de “Yanzil” « en “Younzil” » de sorte que le sens se rapporte à l’Ange qui descend en obéissant à l’Ordre de Dieu le Suprême. Ceci est conforme au Hadith des compagnons ‘Aboû Hourayrah et ‘Aboû Sa^iyd ‘Al-khoudriy, rapporté par ‘An-Naçâ’iy où il est dit que :

     

    « Allâh ordonne à un Ange de descendre au ciel le plus bas pour interpeller les Croyants. »

     

    Il est donc évident que ce Hadith ne peut jamais constituer une preuve qui plaiderait en faveur des anthropomorphistes. D’autant plus que le mot “Yanzil” concernant Allâh, ne peut être interprété comme étant un déplacement du haut vers le bas, et ce du fait que la descente est une propriété des corps et des contingents qui requiert trois facteurs :

     

    • un lieu de départ,
    • un mouvement,
    • un lieu d’arrivée.

     

    Or Allâh le Suprême est exempt de toute imperfection.

    Si donc la descente était considérée comme un Attribut de Dieu, de nombreux mouvements se répéteraient chaque jour et chaque nuit, et perdureraient à cause du décalage horaire, ce qui implique que Dieu est tout le temps en mouvement entre le Trône et le ciel le plus bas. Mais nous savons, à juste titre, que Dieu, l’Unique

    Créateur de toute chose, n’est pas cerné par l’espace et ne subit pas le temps.

    A celui qui pense que Dieu occupe le Trône et que, chaque nuit, Il descend jusqu’au ciel le plus bas, nous dirons: Alors comment est-ce possible que le ciel soit, par rapport au Trône, ce que la bague est par rapport à l’immensité du désert ? Il sera contraint d’admettre l’une des deux hypothèses suivantes :

    • soit que le  ciel  s’élargit à  chaque  moment de manière à ce qu’il arrive à contenir Allâh,
    • soit que Dieu Lui-même se rétrécit de manière qu’Il soit contenu par le ciel.

    Les versets et les Hadith, dont le sens apparent pourrait suggérer un anthropomorphisme, sont à interpréter de la manière qui convienne à Allâh le Suprême. Et si on s’abstient de toute interprétation, on doit croire fermement que Dieu est exempt de toute imperfection et qu’il n’a aucune ressemblance avec Ses créatures.

    Pour appuyer leur mauvaise croyance, qui consiste à dire que Dieu est dans le ciel, les adeptes de l’anthropomorphisme citent généralement le verset 16 de la sourate 67, ‘Al-Moulk, dans lequel Allâh dit :

    أَأَمِنتُم مَّن فِي السَّمَاء أَن يَخْسِفَ بِكُمُ الأَرْضَ

     « ‘A-‘aminntoumm man fîs-Samâ’i ‘ay-yakhsifa bikoumoul-‘Arda. »

    Ce qui signifie :

    « Ne craignez-vous pas que celui qui est dans le ciel ne vous engloutisse dans les entrailles de la terre ? »

    (Qour’ân : sourate 67, ‘Al-Moulk / 16)

    Dans la langue arabe, le mot “man” peut être utilisé au singulier comme au pluriel pour dire « celui qui » ou
    « ceux qui ». Mais ici, il désigne l’Archange Gabriel qui fait partie des habitants du ciel.

    Il en est de même du Hadith suivant, qui est apparemment équivoque :

    إرحموا من في الأرض يرحمكم من في السماء

    « ‘Irhamoû man fil-Ardi yarhamoukoum mann fis-Samâ. »

    Par contre dans ce Hadith, le mot “man” désigne le pluriel.

    Ce qui signifie :

     « Soyez cléments envers ceux qui sont sur ferre, alors ceux qui sont dans le ciel le seront envers vous. »

    Le Verset précité et ce Hadith sont expliqués par au moins cinq Hadith authentiques (Sahiyh) et clairs, dont celui-ci où le Prophète a dit :

    إرحموا أهل الأرض يرحمكم أهل السماء

    « ‘Irhamoû ‘Ahlal-‘ardi yarhamoukoum ‘Ahlou s-Samâ’i. »

    Ce qui signifie :

     « Soyez cléments envers les habitants de la ferre, alors les habitants du ciel le seront envers vous. »

    Ce Hadith, qui est clair, explique le verset et le Hadith non explicites en question en précisant qu’il s’agit bien des Anges qui sont les habitants du ciel.

    Enfin, le Hadith suivant vient mettre fin, de la manière la plus catégorique, à toute spéculation stérile et tendancieuse :

    ما في السماء موضع أربع أصابع إلا وفيه ملك قائم أو راكع أو ساجد

    Ce qui signifie :

    « Il n’est pas un espace dans le ciel, fût-ce de quatre doigts, qui ne soit occupé par un Ange en adoration, debout, en inclinaison ou en prosternation. »

    (Rapporté par ‘At-Tirmidhiy)

     Remarque

     Toute interprétation du Qour’ân et des Hadith qui est en contradiction avec les versets explicites, dits de référence, est inacceptable et doit être rejetée.

    Quoiqu’il en soit, même les versets apparemment équivoques trouvent leur repère dans le Qour’ân. Nous devons donc faire preuve de la plus grande prudence à l’égard des soi-disant traductions du Qour’ân.

    En effet la langue arabe, si riche lexicalement, présente parfois des multitudes de sens pour un seul et même mot, ainsi que quantité de tournures de phrases qui n’ont pas d’équivalent dans d’autres langues.

    C’est pourquoi la meilleure des explications du Qour’ân est contenue dans les Textes (c’est-à-dire le Qour’ân lui-même et les Hadith), et que ce Livre révélé est un ultime avertissement, en même temps qu’une heureuse annonce du bonheur éternel dans le Paradis promis aux Croyants.

     

    [1] C’est un Moujtahid contemporain de l’Imam Abou Hanifah. Il était aussi fondateur d’une école de jurisprudence, qui malheureusement a disparu.

    La première, qui est l’opinion de la majorité des prédécesseurs et de certains Théologiens, consiste à croire que le contenu des Hadith de ce genre a le sens qui convient à Dieu le Suprême et non le sens apparent qu’on lui confère. On doit croire fermement que Dieu est exempt de toute imperfection tels le déplacement et le mouvement qui sont des états propres aux créatures.